dimanche 22 juin 2014

Larme d'azur (haïku)

Larme
d’azur  
(haïku)
larme
d’azur
 gravée sur la frange
de
cette feuille,
 amoureusement
lobée
 au creux de ma main,
pour
me dire
 que rien n’est encore
outrepassé
 non rien, pas même cette larme d’azur
que ne peut
flétrir
 le douloureux émail
de l'horizon






A lire en écoutant :
London Grammar, « Nightcall »
Sur Spotify

mercredi 4 juin 2014

Je ne sais pas pourquoi, mais, en ces temps de violence et d’incertitude, des souvenirs me taraudent. Souvenirs des années 70-80, des années de guerre au Liban. Nous connaissions, ma compagne et moi, à l’époque des amis, Brigitte, professeur d’allemand, elle-même d’origine allemande, collègue de travail, et son compagnon, Ahmad, médecin à l’Hôpital Français de Bruxelles, d’origine libanaise. Nous nous rencontrions souvent chez une amie commune, à Bruxelles. Je ne sais plus si c’est avant ou après les massacres de Sabra et Chatila[i], Ahmad a voulu rejoindre les siens, à Beyrouth, pour soigner les blessés dans l’hôpital que dirigeait sa famille. Brigitte l’a suivi. Nous n’eûmes plus guère de nouvelles, jusqu’au jour où nous apprîmes que, poussée à bout par les interminables combats et les bombardements incessants, elle avait décidé de réintégrer la Belgique.
Puis la nouvelle est tombée : Brigitte s’était jetée sous un train, non loin de Louvain-la-Neuve…
Je repense à toi, Brigitte, et te dédie ces quelques phrases.

  Walid Raad, oeuvre exposée au Carré d'Art, à Nîmes.


Lebanese song

Bruxelles Beyrouth
Beyrouth Bruxelles
les années de sang
les années snipers
 l’insouciance ici
la guerre fratricide là-bas
aux côtés d’Ahmad
avant…

avant ce jour où tu as pris la fuite
Brigitte
dans l’incolore de la vie
sous un train d’acier implacable
au large de Louvain-la-Neuve

Bruxelles Beyrouth
Beyrouth Bruxelles
Il n’y avait plus de fallafel
juste les impacts AK47
et les bombes pleuvant sur Beyrouth la douce
et des vies à l’emporte-pièce
des vies que tentait de sauver Ahmad
médecin du pire
ton compagnon
des vies de là-bas, Liban, Palestine, chrétiens, musulmans, qu’importe
qu’est-il devenu
a-t-il survécu
sans toi, Brigitte, revenue parmi les vivants pour y mourir
pleurs griffonnés
blessures taguées
sur les peaux de la ville
ce gâchis universel
 Beirouth Bruxelles
Bruxelles Beyrouth
Nous prendrons le thé de l’indicible